Bien Public du 24.01.12
Franche-Comté : "L'élevage de la honte"
par Sarah George | dijOnscOpe | mar 24 jan 12 | 07:30
Les visons destinés au commerce de la fourrure s'entassent par milliers dans les cages confinées à Emagny, dans le Doubs.
Samedi 21 janvier 2012, plus de 230 personnes ont répondu à l'appel de l'association dijonnaise Combactive et de la Fondation Brigitte Bardot, pour dénoncer ce commerce jugé cruel.
Certains manifestants affichaient leur position en portant du synthétique...
Un vent de révolte et d’indignation soufflait dans les rues, habituellement calmes, de la commune d’Emagny, samedi 21 janvier 2012. Depuis les années 1980, ce village de 600 habitants situé à vingt kilomètres de Besançon (25), accueille un élevage de visons destiné au commerce de la fourrure. Plusieurs recours en justice ont déjà été déposés contre l'entreprise pour diverses raisons mais rien n'y change. Pour dénoncer la "cruauté" et les pollutions" de tels agissements, plus de 230 personnes ont répondu à l'appel de l'association dijonnaise Combactive et de la Fondation Brigitte Bardot.
A l'image des membres de l’association Fourrure Torture qui ont manifesté samedi 14 janvier avenue Montaigne, à Paris, à deux pas de la boutique Dior (Lire ici LeParisien.fr), militants, habitants et ressortissants belges ou suisses ont battu le pavé pour réclamer la fermeture du site franc-comtois et dénoncer le projet de nouvel élevage à Moncley, la commune voisine. Rappelons que 180.000 visons ont été tués en 2010, contre 150.000 en 2009 tandis qu'on dénombrerait une vingtaine d'élevages en France. Plus largement, plus de 65 millions d'animaux seraient tués chaque années pour leur fourrure (Lire ici l'AFP).
Un élevage en complète irrégularité
Sous forme de manteaux, autour d’une capuche ou de gants, la fourrure de vison est régulièrement utilisée dans divers articles de mode. Elle a d’abord connu des heures fastes dans les années 1960-1970, avant de se retrouver malmenée par une campagne de communication dirigée dans les années 1990 par l'association Pour un traitement éthique des animaux (Peta) et certains tops models s’y opposant, préférant être "à poil plutôt qu'en fourrure". Ce qui est loin d'être la position de notre Miss France 2012, décidée à ne jamais se "dénuder pour la cause animale" (Lire ici MetroFrance.com). De fait, il semblerait que la fourrure soit de nouveau en vogue. Or, derrière ces questions de mode, se trouvent des questions éthiques. Car qui dit fourrure, dit en toute logique élevages d’animaux destinés à être tués... pour leur peau.
Pour les membres de l'association dijonnaise Combactive, investie en faveur de la cause animale, et pour son président, Fabien Robert, la position à adopter est claire : rien ne peut justifier l’existence de ces élevages, a fortiori "pour des choses aussi futiles que des manteaux." Et de se demander : "Comment en 2012 de telles pratiques peuvent-elles encore exister ?". Dans le cas de l’élevage d’Emagny, cette question prend d’autant plus son sens que celui-ci est sujet à de nombreuses irrégularités reconnues par la justice. L’éleveur qui détient une autorisation d’exploitation pour 1.000 visons, en aurait déjà détenu près de 10.000 en période haute de reproduction.
Ces dernières années, plusieurs associations de défense de l’environnement, dont la commission de protection des eaux, du patrimoine, de l’environnement, du sous-sol et des chiroptères (CPEPESC), ont déposé des recours devant la justice contre l’exploitation du site en raison également de problèmes d’épandage. Rien n’avait été prévu, entraînant une pollution du milieu naturel proche. Depuis, l’éleveur a procédé à une partielle remise aux normes.
Parmi d’autres infractions, figurent aussi les conditions de vie des animaux, entassés dans les cages et auxquels sont donnés à manger des cadavres, et l’occupation de zones non constructibles. "Sur les trois parcelles où est installée l’exploitation, seule une est en zone constructible et donc en règle", remarque Fabien Robert. "Les autres ne permettaient pas l’élevage de visons. Un jugement avait également été rendu à ce sujet et des scellés avaient été posés. La semaine suivante, ils avaient été enlevés...".
"On tue des animaux dans des conditions barbares"
Accompagnée de plusieurs autres associations - Fourrure-Torture, One voice, L214 -, l’association Combactive a donc souhaité organiser une manifestation pour dénoncer le traitement fait aux animaux et pour demander la fermeture de l’exploitation doubiste en irrégularité patente. "Nous irons jusqu’au bout. Nous sommes là pour faire fermer cet élevage de la honte. Nous devons en faire un exemple pour les autres élevages français. Après la manifestation, il y aura d’autres actions en justice", scandait Fabien Robert avant le début de la marche. Un message partagé par la Fondation Brigitte Bardot et des élus locaux d’Europe écologie-Les Verts (EELV), également présents pour l’occasion.
"Pour nous, c’est très important. Nous menons le combat contre la fourrure depuis plusieurs années déjà", note Christophe Marie, porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot. "Les gens n’ont pas forcément connaissance de ce genre d’élevage, comme ils ne font pas forcément le lien lorsqu’ils achètent un manteau. Or, il faut garder à l’esprit que l’on tue des animaux pour cela, et souvent dans des conditions barbares". Selon lui, une vingtaine d’élevages de visons existerait en France.
L’ensemble des manifestants a été accueilli à midi. Des minibus avaient même été affrétés pour acheminer plusieurs personnes de Paris et une grande campagne de publicité, affichée une semaine auparavant sur les bus de la ville de Besançon, avait permis d’informer plusieurs habitants des alentours qui s’étaient bien déplacés. "C’est assez inédit. Habituellement, il y a surtout des militants", note Fabien Robert. Un relais sur Internet et les réseaux sociaux a également favorisé la participation de personnes venant de toute la France : de Montpellier, Lyon et même de la Suisse et de la Belgique.
La marche a débuté à 13h30. Les manifestants se sont rendus à l’exploitation où ils ont été confrontés à l’éleveur, prévenu de leur visite. Retranché derrière des barrières, celui-ci n’est pas allé à leur encontre et n’a pas souhaité s’exprimer. Elle s’est finalement terminée à 16h30, avec l’envie pour les associations de ne pas en rester là. Après cette action, la préfecture du Doubs se serait d’ailleurs dite prête à bouger suite à une lettre publique qui lui a été adressée par Brigitte Bardot (Lire ici EstRépublicain.fr).